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    Fernand de Magellan : « J’ai rétréci la planète et posé les jalons de la mondialisation »

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    Romuald
    Admin

    Fernand de Magellan : « J’ai rétréci la planète et posé les jalons de la mondialisation »

    Message par Romuald le Lun 23 Juin 2014 - 16:30

    Voici un entretien imaginaire entre un journaliste du journal Les Echos et Fernand de Magellan, premier presque-circumnavigateur puisqu'il est mort en route (c'est sa caraque qui sera la première nef à faire le grand tour).
    En italique, j'ai mis en évidence les passages qui me semblent les plus intéressants.



    Enjeux Les Echos – L’histoire a retenu les noms de Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, Vasco de Gama. Comment vous situez-vous face à cette trilogie de grands navigateurs ?
    Fernand de Magellan – A présent que ma position de pur esprit m’affranchit de toute prudence, vous ne serez pas surpris si je vous réponds que je me place bien au-dessus d’eux. Le voyage de Colomb n’a somme toute duré que 33 jours et l’Inde qu’il a cru découvrir n’était pas celle qu’il croyait. Quant à Vespucci, c’est un éditeur de Saint-Dié-des-Vosges, une cité française bien éloignée de la mer me semble-t-il, qui s’est fondé sur d’anciennes lettres pour lui attribuer la découverte du Mundus Novus ! Une belle imposture en vérité, qui a valu à Amerigo de donner son prénom à l’Amérique. Je serais plus clément envers Vasco de Gama puisque, après tout, il fut le premier à ouvrir la route des Indes par le sud via le cap de Bonne-Espérance. Mais la voie avait été frayée par un marin oublié, Bartholomeu Dias, qui aurait bien poussé au-delà de l’Afrique si son équipage ne s’était révolté. Il en est ainsi des grandes découvertes. Les pionniers, tirant les marrons du feu, se brûlent. Ceux qui viennent après n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser la gloire.

    Et vous, qu’avez-vous fait de mieux ?
    L’audace de votre question me sidère. Sachez qu’en accomplissant la première circumnavigation autour de la Terre, j’ai d’abord prouvé que celle-ci était ronde, ce qui n’était pas acquis. J’ai envoyé valdinguer Ptolémée et ses radotages, et toutes les âneries qui circulaient dans les chaumières comme dans les châteaux des monarques stupides, hormis Henri le Navigateur qui crut d’emblée aux passages du sud et de l’ouest pour gagner les Indes.

    A quelles âneries faites-vous allusion ?
    Il faut se remémorer l’état d’ignorance dans lequel nous étions. Ceux qui méprisent le savoir devraient mesurer combien il libère les esprits et constitue le moteur du progrès. Mais je m’égare un peu. Il faut dire que j’ai honte de rappeler que mes contemporains de la fin du XVe siècle avaient désappris le voyage. Ils avaient passé par pertes et profits la cosmologie des Phéniciens et des Romains, déchiré leurs cartes, brisés leurs globes, oublié les révélations de Marco Polo. Ils avaient fait retomber la navigation en enfance, la privant de boussoles et de compas, la ramenant à un cabotage peureux. Alors il fallait vaincre la peur ambiante, repartir de l’avant.

    La peur, vraiment ?
    Pour les incultes du Moyen Age, il n’existait qu’une terre navigable : la Méditerranée. Mare Nostrum n’était justement pas nôtre, à nous Portugais. Rejetés à l’extrême ouest de l’Europe, nous ne pouvions prétendre aux îles des épices, aux inaccessibles Moluques. L’Atlantique passait pour un océan sans fin qui ne menait nulle part.

    Etait-ce de l’ignorance ou la propagande des ennemis du Portugal pour doucher ses ambitions maritimes ?
    Il ne faut jamais surestimer la méchanceté des autres, ni sous-estimer leur bêtise. Je vous rappelle, puisque vous n’êtes guère informé, que la route du sud passait pour monstrueuse. Les récits se transmettaient entre gens de mer sur cet océan qui se mettait à bouillir après le cap « du Non » (à hauteur du Maroc). Il se disait que les voiles prenaient feu subitement et que les Blancs devenaient soudain et à jamais Noirs… On prétendait que l’Afrique et l’Antarctique étaient soudés, ne laissant filtrer aucun passage.

    En trouvant ce détroit ouvert en Terre de Feu, vous pensez avoir changé la face du monde ?
    Ne me faites pas plus orgueilleux que je ne suis. J’ai donné aux échanges commerciaux un nouveau centre de gravité qui a rééquilibré les rapports de force entre l’Occident et l’Orient. Imaginez qu’avant d’ouvrir ces nouvelles routes, les prix des épices étaient arbitrairement fixés par des intermédiaires musulmans puis vénitiens. Aucun navire chrétien ne pouvait s’aventurer sur la mer Rouge. Je prétends avoir rendu accessible à notre civilisation de fadeur la flamme vivifiante des épices. Que serions-nous sans le poivre, la cannelle, le girofle, le gingembre ? Que seraient nos femmes sans le musc, l’ambre et l’essence de rose ? Et croyez-vous que l’Eglise aurait si longtemps fait illusion sans l’encens récolté en Orient ?

    Le froid ? (Soudain, il éternue.)
    Non, l’évocation du poivre, sans doute. A mon époque, la richesse se mesurait en stock de poivre autant qu’en or. Ce butin était pesé grain à grain sur les balances et on prenait soin de bien fermer les fenêtres pour qu’un courant d’air ne le disperse pas ! Ce qui était précieux poussait au bout du monde, et moi, j’ai rendu ce bout du monde plus proche. A ma manière, j’ai rétréci la planète et posé les jalons de la mondialisation en affrontant l’Oceano tenebroso, pour découvrir le bien nommé (par mes soins) Pacifique.

    Mais tout a changé aujourd’hui…
    Si vous voulez dire que la marine à voile a vécu, je vous l’accorde, et l’un de vos grands hommes, Charles de Gaulle, l’a je crois très bien dit, en voulant accorder la politique aux nécessités de son temps. Mais l’aventure est plus nécessaire que la vie. Dans ma jeunesse, je me répétais ce vieil adage des marins : Navigare necesse est, vivere non est necesse.

    Vers où aimeriez-vous naviguer aujourd’hui ?
    Un nouveau monde s’invente chaque jour au gré de votre Toile et de ses courants. Il me semble que je serais heureux de rapprocher ces deux univers du virtuel et du réel. Le réel se fond dans le virtuel. Celui-ci entre dans la réalité quotidienne. Il reste à inventer un langage commun, qui ne soit pas la gratuité. Rien n’est jamais gratuit quand les hommes se donnent de la peine. Cela suppose de redonner aux choses mieux qu’un prix : une valeur. Votre époque me paraît manquer d’horizons qui font rêver, qui donnent le goût du risque et de l’imprévu. Il existe encore des terræ incognitæ. Vos vies manquent de poivre. Il ne tient qu’à vous d’en rajouter.

    avatar
    H2oh!

    Re: Fernand de Magellan : « J’ai rétréci la planète et posé les jalons de la mondialisation »

    Message par H2oh! le Mar 24 Juin 2014 - 15:12

    Intéressant!
    Pour compléter, voici le lien sur une carte animée explicative  

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